Voiture du futur : devenez échangiste !

Posted by on nov 24, 2011 | 3 Comments
Nous reproduisons sur notre blog cette contribution de Paulin Dementhon au blog Planète plus intelligente du Monde. L’article original est disponible ici.

 

« Posséder, c’est dépassé”. C’est le slogan de la dernière campagne du loueur automobile Rent a Car, qui reprend à son compte une tendance économique lourde : la disgrâce de la possession de biens matériels, au profit de services de location.Cette nouvelle tendance touche de plein fouet l’industrie automobile. Cela fait déjà plusieurs années que les constructeurs essaient de redéfinir leur positionnement; ils ne veulent plus vendre des voitures, mais de la mobilité.Mais il ne s’agit heureusement pas que de sémantique : 2011 pourrait bien être une année charnière dans la transformation des usages de l’automobile, avec le lancement de 2 services presque homonymes, mais parfaitement complémentaires : Autolib’ et Voiturelib’.

D’un côté le grand projet de la Mairie de Paris, qui lance fin 2011 son service de voitures électriques en libre service, un Vélib’ de l’auto. De l’autre notre petite startup, leader d’un secteur en pleine ébullition : la location de voiture entre particuliers.

Voiturelib’ est l’eBay de la location de voiture. Le service permet de louer sa propre voiture pendant qu’elle ne sert pas, ou de partir en week-end avec la voiture de son voisin, à un prix très compétitif – 25 € par jour en moyenne. Le service inclut une assurance adaptée, et un encadrement de chaque location pour que le processus soit simple et sûr.

Les propriétaires amortissent ainsi une partie de leur budget auto, et les locataires, en dehors de prix attractifs, bénéficient d’un service de proximité flexible et convivial. En moins d’un an, 2.500 propriétaires et plus de 10.000 locataires ont tenté l’expérience dans toute la France, et la courbe de progression indique que la pratique n’en est qu’à ses balbutiements.

Cette petite révolution dans l’usage de la voiture s’appuie sur 2 piliers : le peer-to-peer et le design de service innovant.

Le peer-to-peer (ou “C-to-C”, ou “entre pairs”, ou pourquoi pas simplement “particulier à particulier”), c’est le court-circuitage par les particuliers de services traditionnellement rendus par les entreprises. Les premiers secteurs à en avoir fait les frais – ou les bénéfices, tout dépend du point de vue ! – ont été celui de la distribution de musique (Napster) et de l’information (blogs).

Un réseau est plus puissant et plus résilient qu’un système centralisé. Le super-calculateur le plus puissant au monde n’est plus un IBM occupant une pièce entière, mais un réseau décentralisé d’ordinateurs individuels.

Dans le secteur des transport, le covoiturage a été le premier à illustrer la puissance du peer-to-peer, en assurant des millions de trajets, avec des investissements très faibles.

L’innovation dans le design de service (UX design), c’est réinventer un service à partir de zéro, en partant des besoins des utilisateurs. La location de voiture est un vieux secteur, et pourtant c’est une startup, Zipcar, qui a réinventé son fonctionnement : finie la file d’attente dans les agences, on s’abonne à des voitures que l’on peut ouvrir avec son smartphone. Et l’on ne peut que se réjouir du formidable laboratoire que Paris a eu le courage de créer avec Autolib’, en combinant libre service et tout électrique.

La voiture partagée, sous toutes ses formes, a de beaux jours devant elle. Les bénéfices pour l’utilisateur sont indiscutables : au lieu de posséder une voiture dans un lieu unique avec la responsabilité du stationnement et de l’entretien, on a accès à des milliers de voitures de toutes les formes (monospace pour Ikea, cabriolet pour le week-end) et partout en France (au coin de la rue ou à la sortie du TGV).

La planète aussi a beaucoup a y gagner. La voiture partagée reste de la voiture, et donc des émissions de CO2 élevées. Mais le seul fait de rendre variable le coût de l’automobile est un pas de géant : les personnes qui s’inscrivent à des dispositifs d’autopartage se mettent à rouler moins. Parce qu’au lieu de payer pour aller acheter leur baguette en voiture, ils prennent leur vélo. Autre avantage évident, remplacer 10 voitures individuelles par 1 voiture partagée, c’est 10 fois moins d’espace de stationnement – de quoi changer la physionomie de nos villes.

Si les précédents arguments ne suffisaient pas, la pression sur les individualistes de l’automobile ne va de tout façon faire qu’augmenter : stationnement limité, circulation taxée en centre ville.

Notre vision, c’est donc une voiture en libre-service à tous les coins de rue, et un siège libre accessible dans toutes les voitures qui passent devant vous – le graal du covoiturage dynamique. À quelle vitesse allons-nous passer du bac-à-sable à une pratique de masse ?

Plus que de technologie brute, le succès des services de voiture partagée dépend du design de service évoqué plus haut. Des centaines de détails à régler dont on ne parle pas. Lorsque j’ai vendu ma voiture pour m’abonner à un service d’autopartage à Marseille, la sensation de liberté était bien au rendez-vous. Mais les freins viennent de détails comme l’ergonomie du site de réservation, les 20 secondes perdues au démarrage pour constater l’état du véhicule, ou encore la disponibilité des opérateurs pour prolonger une location. Tout cela est soluble, mais prend du temps. Il ne se passe pas une semaine sans que nous apportions une modification à Voiturelib.com, et la liste d’améliorations à venir est interminable.

La relation entre la voiture partagée et les autres modes de transport est également un enjeu essentiel. La voiture individuelle façon 20è siècle était parfaitement autonome. La voiture partagée, elle, dépend énormément des transports en commun. Les systèmes d’information du train, du bus, du covoiturage, de la location de voiture doivent devenir ouverts et compatibles, et les hubs (gares, ères de stationnement à l’entrée des villes, etc…) s’améliorer. Même les taxis, très occupés à dénoncer la concurrence déloyale des nouveaux venus, ont un rôle majeur à jouer : ils sont l’huile dans les rouages, le joker en cas de connexion manquée.

Bref, la voiture va enfin apprendre à vivre en société. Être plus discrète, plus serviable, et apprendre à compter avec les autres (modes de transport).

La guerre Autolib’ – Voiturelib’ n’aura pas lieu

Posted by on oct 4, 2011 | One Comment

Dans la famille LIB’ je demande…

En cette fin de semaine, au réveil d’une belle Nuit Blanche, il était difficile de passer à côté du lancement à Paris d’Autolib’, l’ambitieux projet de Bertrand Delanoë, qui rêve de changer la ville avec ses Blue Cars. Moyennant un abonnement mensuel de 12 euros et un coût de location de 7 euros la demi-heure, tout parisien majeur et détenteur d’un permis de conduire valide pourra s’installer au volant d’une Autolib’, une petite urbaine de 3,5 mètres de long, électrique, très nerveuse et parfaitement adaptée à la conduite citadine. Bridée à 130 km/h, elle affiche une autonomie très satisfaisante de 250 kms, obtenue grâce à la batterie révolutionnaire au lithium qui avait permis à M. Bolloré de convaincre la Mairie de Paris de le sélectionner pour ce projet.

Très riche en innovations technologiques, la Blue Car est équipée d’un boîtier qui transmet à tout instant sa localisation aux systèmes de contrôle d’Autolib’ pour assister le conducteur et notamment l’alerter lorsqu’il franchit la zone de circulation autorisée, délimitée par les 45 communes d’Île de France appartenant au réseau Autolib’.

« Un mini-taxi que tu conduis toi-même »

Autolib’ s’annonce ainsi comme le nouveau Vélib’ : un service de micro-location de véhicule en milieu urbain. On imagine très bien les parisiens louer la petite urbaine pour aller faire leurs courses en hyper et rentrer avec en profitant de la station située très près de chez eux. Ou pour rentrer de soirée. Ou pour aller à un rendez vous d’affaires. Ou même au boulot un matin où les conducteurs de métro font des leurs.

« En fait, Autolib’ c’est un mini-taxi que tu conduis toi-même ! » ai-je entendu dimanche pendant le lancement de la Blue Car sur les Champs Élysées. Autolib’, le taxi dont vous êtes le chauffeur… C’est ce qu’a bien compris Nicolas Rousselet, le président des taxis G7, qui a déposé plainte contre Autolib’ pour concurrence déloyale…

Mais nous ne nous appesantirons pas sur la guéguerre des taxis parisiens face à Autolib’. Un chiffre remplace tous les discours sur leur légendaire rareté : il y a aujourd’hui 15 000 taxis dans les rues de Paris. En 1920, il y en avait 20 000.

Voiturelib’ ? C’est la grande sœur d’Autolib’ !

Ici, nous croyons en la capacité d’Autolib’ de changer en profondeur et de façon durable le paysage des transports parisiens. Notre combat est le même que celui d’Autolib’ : faire évoluer les mentalités et les usages vers une nouvelle ère, qui verra le rôle de la propriété se réduire petit à petit pour être remplacée par la communauté et le partage.

Dans ce grand mouvement vers la consommation collaborative, incarné aux Etats-Unis par Zipcar ou Airbnb, Voiturelib’ se présente comme le complément d’Autolib’ : une flotte plus grosse, une très grande variété de modèles et surtout aucune limitation de la zone d’utilisation et la durée de location : une escapade à Bruges en amoureux, un tour de France de trois semaines en famille, un déménagement… tout cela est possible avec Voiturelib’.

Enfin, et c’est non négligeable, si Voiturelib’ assure tous les véhicules loués sur sa plateforme et règle la transaction entre particuliers, le reste du service est décentralisé, ce qui permet notamment aux propriétaires de rentabiliser leur voiture personnelle et d’arrondir leurs fins de mois grâce aux revenus de location.

Dans la famille Lib’, l’Auto et la Voiture partagent la même philosophie et la même ambition. L’une a choisi Paris, sa banlieue, ses petits déplacements quotidiens. L’autre a choisi la France et ses mille variétés de trajets…

En fait, Voiturelib’, c’est la grande sœur d’Autolib’ !